Biom’ 2

23 Mar

BIOM_2_Couverture Comme le dit si bien Bergson, le temps étant un flux, le mien prend quelques temps à revenir à ce blog, tant et si bien que ce n’est que maintenant que je vous annonce la sortie du numéro 2 de la revue Biom’ de l’association Biomimicry Europa, dédiée à la notion résilience. (avec toujours mon aimable concours pour le graphisme ;) ) Vous pouvez lire la revue et la télécharger (après avoir créer un compte gratuit sur Issuu) via ce lien, cependant si vous souhaitez obtenir une version de meilleure qualité, n’hésitez pas à en faire la demande à :  damien[point]dion[arobase]biomimicry[point]eu

Biomiméticiens de coeur

18 Août

La reine rouge m’aurait-elle rattrapée au point de plus avoir le temps d’écrire ? Ou ai-je moins besoin depuis quelques temps de développer mon analyse du biomimétisme, préférant l’appliquer…

Le biomimétisme est de ces démarches qu’on appréhende au début comme une gamme de solutions techniques et utilitaires — et elle l’est assurément –, puis comme le descriptif d’un terrain de jeu aux règles flirtant par moment avec le dogme. Il m’aura fallu du temps pour mieux la digérer, laisser de côté les querelles de partisans et juste laisser s’appliquer au sein de mes projets les changements de manière de penser/faire s’étant ancrés chez moi.

Je le dis souvent, fondamentalement, pour les designers, il s’agit de bien faire les choses et peut-être que le biomimétisme aide à dessiner les contours, certes toujours flous, de ce bon.

Aussi au sein de notre collectif nous attaquons — ou du moins j’attaque — les projets en me demandant moins si c’est du biomimétisme ou non, mais en choisissant simplement de travailler sur ceux où nous nous retrouvons, sur lesquels on s’accorde, sur ceux qui nous font vibrer, vibrer instinctivement, en misant sur le fait que cet instinct s’est empreint de bio-inspiration.
Ainsi notre habileté à juger de la justesse d’un travail s’est-elle teinte d’une « couleur biomimétique » que nous cherchons moins à définir, et qui se renforcera d’elle-même tant que nous continuerons à nous sentir inclus sur Terre. Nous faisons au mieux en fonction des ressources que nous avons au moment du projet, tout en gardant sur un coin de papier les possibilités idéales promises par un biomimétisme parfait.
Et au delà de la réalisation je pense que nous essayons tous de vivre la démarche en nous-mêmes, dans nos vies, dans nos façon de tracer le temps et l’espace de nos relations au monde.

Le biomimétisme compris dans son ensemble, permet donc de se nourrir, de grandir, et l’engagement dans les projets en découle naturellement, car lorsque sa vision du monde change, tout en est affecté. Gageons ici que c’est pour le meilleur.

Être un monde

20 Jan

Si nous nous sentons si éloignés de la biosphère, peut-être est-ce aussi que nous ne regardons pas au bon endroit… partout !

Le mercredi 15 janvier avait lieu une rencontre organisée par Biomimicry Europa, qui rappelait, entre autres, que nous sommes moins humains (biologiquement parlant), que bactériens. Nous sommes un monde, avec ses continents, ses climats, ses espèces à nous-seuls… Voilà une belle raison de cultiver ce sentiment d’interdépendance à la biosphère, qui nous fait trop défaut.

P.S.: jeudi 23 janvier à 20h30 aura lieu au même endroit la présentation de l’Ecocentre Le Bouchot. Découvrez-y toutes leurs activités autour de la permaculture, du biomimétisme, etc… plus d’infos ici

Transition végétale

19 Jan

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écrit, prise que j’étais dans le flot d’une période de transition – mais n’est-on pas toujours en transition ?

Les changements que j’ai vécus sont surtout d’ordre professionnel, néanmoins j’essaie aussi d’en amorcer certains de plus profonds. Notamment ma capacité à m’émouvoir face à des végétaux, ou pour être plus précise, face à toute forme de vie non-animale.
En bonne humaine occidentale que je suis, je suis instinctivement attirée par les animaux, et plus particulièrement par les mammifères. Entre nager avec des baleines et découvrir un arbre multi-centenaire, je choisis le truc qui bouge.
De même quand je me balade en ville je suis heureuse de croiser un pigeon ou un lévrier irlandais, m’exclamant « enfin un peu de vie ! », alors qu’il me semblerait plus juste d’arriver à ressentir ce même profond respect face à un platane ou un brin d’herbe narguant quelques pavés. Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas pousser, qu’ils ne sont pas doués de mouvement ; et qu’on ne les entend pas, qu’ils ne parlent pas. Et quand bien même, n’est-ce pas là des critères d’appréciation de la vie bien arbitraires ?

Dans la préface française du livre de Janine Benyus, Gauthier Chapelle rappelait, avec toute la justesse qui le caractérise, que nous faisons partie d’une seule et belle famille terrienne, respirant le même air, constitués des mêmes particules… Si nous sommes tous de la poussière d’étoiles, nous serons tous un jour la matière de nouvelles formes de vie inconnues. Il y a ici quelque chose de vertigineux et en même temps de tellement simple…
Alors la prochaine fois que vous croiser une plante, regardez-la avec autant de tendresse que votre hamster, et essayez d’imaginer toute l’ingéniosité (notamment en terme de patrimoine génétique nécessaire) dont elle doit faire preuve pour résister aux intempéries, pour capter sa nourriture, se défendre, sur des laps de temps parfois longs, sans jamais pouvoir bouger de l’endroit où elle est née, enfin presque, mais ceci est une autre histoire…

Donner à voir

14 Oct

Alors que pendant ces deux derniers mois j’ai continué de sentir flotter le parfum des souvenirs de l’été, je viens enfin d’accepter que l’automne s’était installé avec son goût d’humus et de châtaignes.
Étonnant comme parfois on se découvre décalé avec notre environnement, sans doute déjà parce qu’on continue de le voir comme un « environnement », un décor, alors qu’il nous pénètre sans cesse et tisse irrémédiablement des liens entre nous et eux, entre nous et tout.
Ce décalage, cette distance peut-elle influer sur notre capacité à intégrer le biomimétisme ? C’est possible… Comment accepter les limites de la biosphère — fondamentales dans cette démarche — si nous n’en ressentons pas profondément l’interdépendance, si nous ne vivons pas les grandes crises écologiques et sociales comme une attaque envers nous-mêmes ? Si nous ne devenons pas convaincus que la transition écologique est plus qu’une nécessité, mais bel et bien l’élan dont nous avons besoin intérieurement ?

Je ne sais pas bien comment parfaire cette conscience, mais il me semble que de petits rien peuvent m’y aider.
En discutant de ma nostalgie automnale avec un ami, nous en sommes venus à discuter de snorkeling, la nage à la palme, masque et tuba. J’ai été surprise de voir à quel point cette pratique très simple, que j’expérimentais pour la première fois cet été, avait chez lui comme chez moi influé de manière profonde sur notre vision du monde.
Quand vous nager dans la mer vous savez qu’il y a des poissons et d’autres formes de vies, parce que tout le monde le sait. Et ce savoir vous donne le sentiment de connaître. Mais dès que vous mettez un masque et prenez le temps de regarder, cette vie vous explose au visage. Vous aviez beau le savoir, vous ne vous en doutiez pas. En ça, un simple masque, est un superbe objet de design, car il réunit des qualités techniques, ergonomiques, de coûts de production et cette dimension d’usage, d’effet sur notre quotidien.

Ainsi mon ami a pris conscience qu’il n’était qu’un individu invité un temps dans un monde qui dépassait largement son existence, et moi me suis rendue compte à quel point nos sens — la vue donc dans ce cas — rendait concret et bien plus sûr notre lien au monde.
Pour comprendre et appliquer le biomimétisme il est essentiel de cultiver ce lien. Sortez, regardez, humez, touchez, faites ce que vous voulez, mais appréhender le monde à travers tous vos sens, car ce n’est qu’en vous vivant pleinement humain, « biologique », que toutes vos actions, vos choix iront dans le sens d’un respect des potentiels et limites du vivant. Ce sera devenu… évident.

poissons

Action et réflexion, la prudence chez Aristote

1 Août

D’aucuns pourraient entendre par prudence, une certaine crainte d’avancer, une timidité dans le travail notamment. En fait il s’agit plutôt de la capacité d’agir en fonction d’une vision globale, si on en croit notre cher Aristote.
La prudence, ou phronêsis, est une vertue intellectuelle, une aptitude de l’homme d’action à percevoir et à choisir, après délibération et compte-tenu des circonstances, les moyens nécessaires pour atteindre une fin moralement bonne ou légitime. Ainsi pour Aristote, «  il n’est pas possible d’être prudent sans vertu morale*… Cette dernière fixe la fin suprême ; la prudence, elle, nous fait employer les moyens susceptibles d’atteindre cette fin.  »
Elle a pour condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, l’habileté, c’est-à-dire la «  puissance capable de faire les choses tendant au but que nous nous proposons et de les atteindre  ». Autrement dit, la prudence a besoin de cette puissance qu’est l’habileté, mais ne se confond pas avec celle-ci, car l’habileté n’induit pas nécessairement la morale. La prudence est plutôt la faculté de choisir le «  juste milieu  » dans des circonstances concrètes chaque fois différentes et pour une part imprévisibles. Il s’agit donc d’une faculté de rationalité essentiellement liée aux contingences de notre monde.

Ce lien entre action et morale est une particularité assez enracinée dans le biomimétisme, mais de manière générale elle est au coeur des débats autour de l’éthique de la science, de l’économie, du travail… Elle est même constitutive de la génération Y — dont je fais pleinement partie, si j’en crois divers échanges récents.
Je dis débat, car si une majorité s’accorde sur le fait qu’il faut être prudent — entendu selon Aristote —, le choix et la mise en application de concept moraux s’avèrent évidemment très difficiles. On peut cependant retrouver cette «  vertu en acte  » dans certaines démarches philosophiques, économiques et politiques actuelles, telle que la Décroissance.

Questions intéressantes, mais peut-être peu aisées, que j’aimerais développer un jour… En attendant je vous conseille la lecture de Ethique à Nicomaque (Aristote, traduction par Jean Voilquin, Paris, GF-Flammarion, 1992) et du dossier « Ecologie et morale » de la Revue Durable (n°48 de mars-avril-mai 2013).

* Si chez Aristote la morale est intrinsèquement liée à la religion, on peut aisément pour cet article séparer les deux notions pour n’entendre par morale que le sentiment du bien commun, ou pour le dire autrement, la mise en tension du caractère égoïste et altruiste de l’humain qui l’amène instinctivement à rechercher l’harmonie du groupe.
 

Question méthodo

24 Juil

Il y a quelques jours je discutais avec un ami designer qui mènera bientôt un workshop sur le biomimétisme auprès d’étudiants en design. Il me demandait des conseils sur la méthodologie à appliquer dans la conception d’un objet biomimétique…
Au début je n’ai pas su quoi répondre, d’une part car je ne me sens pas experte – si tant est que je puisse un jour l’être, tant la connaissance de cette démarche est dépendante de notre compréhension du monde, un monde si vaste, sur lequel nous commençons à peine à ouvrir les yeux –, et d’autre part car je me méfie des méthodologies bien définies censées donner toutes les clés de conception d’un projet, ou du moins d’un projet de design…

La quête de LA méthodologie parfaite – comprenez réplicable à toute situation – me semble souvent cacher la peur de se lancer dans un projet, de faire des erreurs, de perdre du temps – drame moderne !
Ne vous méprenez pas, je pense qu’on a tout intérêt à partager nos expériences projets et à en tirer quelques leçons, mais celles-ci doivent toujours être réajustées en fonction des gens avec qui on travaille et de tout un nombre de paramètres (durée du projet, commanditaire, moyens financiers…) ; et sans doute qu’une bonne méthodologie en est une souple en fait, qui ne donne qu’un léger appui pour travailler.
En tout cas, personnellement, j’aurais du mal à détailler ici une méthodologie biomimétique… Je crois seulement que le plus important c’est de « faire », tout simplement, en essayant de trouver le juste équilibre entre la réflexion et l’action – ce que Aristote nomme la Prudence d’ailleurs et que je détaillerai un autre jour.
Donc voici très modestement ce que moi je garde en tête en abordant un projet et qui est plus proche d’un ensemble de principes, que d’une réelle méthodologie:

1- garder en tête du début à la fin que le projet doit être bio-compatible, car tous les choix en découlent ;
2- abandonner l’idée désastreuse qu’un objet biomimétique aura une forme « organique », il faut seulement chercher une forme efficiente et celle-ci peut être géométrique ;
3- chercher le plus possible à travailler avec l’existant et le local, tant en terme de vies que de ressources en tout genre (en d’autres termes essayer toujours de faire « avec » et non-pas tout recréer ex nihilo) ;
4- ne pas attendre, pour élaborer des pistes de réflexions, de trouver l’exemple biologique parfait, car par le dessin/l’écrit il sera plus facile d’échanger sur le projet avec des biologistes qui seront à même de réorienter sur d’autres espèces au besoin ;
5- échanger le plus possible avec d’autres disciplines (on ne vous demande pas de travailler avec toutes, mais juste de les rencontrer au moins une fois) ;
6- ne pas avoir peur de s’éloigner de l’exemple biologique choisi, pour n’en garder que le principe essentiel ;
7- connaître le plus possible toutes les étapes de vie de son objet, afin de vérifier si une de ces étapes ne rentre pas en contradiction avec la règle n°1 ;
8- accepter qu’il y ait des limites (à ce qu’on peut faire, à ce qu’on doit faire…), et que ce n’est en rien une mauvaise chose, en somme prôner la sobriété et ne pas la confondre avec l’austérité ;
9- faire de son mieux, car un pas même petit reste un pas, et ne pas oublier que dans cette transition écologique nous ferons tous des erreurs, mais qu’elles permettent aussi d’apprendre si tant est qu’on les partage…

Après pour le designer il s’agit de faire comme d’habitude face à tout projet : approfondir sa connaissance, s’assurer d’avoir bien identifier le problème, imaginer/dessiner des solutions, tester, valider et recommencer jusqu’à obtenir une solution qui réponde à un maximum de contraintes, en n’oubliant jamais qu’une solution faite, même imparfaite, vaudra toujours mieux qu’une solution idéale non-réalisée.
Enfin rester curieux, humble, ouvert face aux possibilités du vivant et partager ses doutes, ses réflexions, ses réussites, on y gagnera tous.

methodo

Le roseau et le grand groupe

15 Juin

Vous ne connaissez pas la phyto-épuration ? Alors jetez un coup d’oeil au projet de La zone Libellule de Suez-Environnement, qui utilise les capacités de filtration des écosystèmes aquatiques, notamment grâce aux roseaux qui travaillent en symbiose avec des micro-organismes.

roseau

roseau commun en floraison

Transhumanisme et M. Starck

7 Juin

Je regardais il n’y a pas longtemps le documentaire d’arte Le futur par Starck, dans lequel différents intervenants évoquent notre possible futur, sous les yeux émerveillés du célèbre designer. La critique du transhumanisme et des OGM est clairement trop peu soulevée, mais qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’était intéressant à regarder pour se faire une idée et se rendre compte de la fascination que suscite les cyborgs et autres « mutations artificielles ».
On notera quand même une apparition du superbe Jean-Claude Ameisen, de Vandana Shiva et de Jérémy Rifkin.

Mais au fait, le transhumanisme c’est quoi ?

Il s’agit d’un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Il considère le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort comme des aspects de la condition humaine inutiles et indésirables. L’idée étant d’être totalement indépendant de la biosphère, afin de vivre sans les contraintes que nous impose cette nature en laquelle nous ne nous reconnaissons pas.
C’est un mouvement assez critiqué internationalement, mais qui reconnaît cependant lui-même ses possibles dérives.
Pour Jean-Michel Besnier, agrégé de philosophie et docteur en sciences politiques : «  la technolâtrie est le symptôme de cette fatigue d’être soi, diagnostiquée par les sociologues depuis Alvin Toffler dans les sociétés hypertechnologisées. Plus nous nous sentirons impuissants et déprimés, plus nous serons tentés de nous tourner vers les machines ».*
Cette attitude ressemble donc à une fuite en avant, là où une autre voie serait de chercher à se reconnecter avec le monde et adopter le fonctionnement du vivant, comme un animal parmi d’autres. Pour le biomimétisme, qui adopte cette dernière, continuer à se détacher de notre milieu, à penser que nous serions mieux dans un monde artificiel, c’est en quelque sorte nous transformer en un étranger dans notre propre maison.

Cependant, j’avoue qu’il est éthiquement difficile de refuser à une personne tétraplégique de retrouver sa mobilité grâce à l’usage d’une machine, et qu’en effet il ne me vient pas à l’esprit de traiter de cyborg une autre qui aurait un implant cochléaire… Serait-ce donc une question de limites ? et qui les fixerait alors ?

*Jean-Michel Besnier, « Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l’homme ? », revue en ligne Études, vol. 414, n°6, juin 2011.

conférence « Mycélium » de Biomimicry Europa : les matériaux biomimétiques

22 Mai

conf-mycelium-materiaux2013-image

À travers les rencontres Mycélium, Le Comité Français de Biomimicry Europa vous propose une fois par trimestre de rencontrer les acteurs, de plus en plus nombreux, de ce changement désirable, porteurs de projets innovants, durables et puisant leur inspiration dans le foisonnement créatif du vivant.
Pour sa seconde édition dédiée aux matériaux biomimétiques, les rencontres Mycélium ont le plaisir d’accueillir l’enseignante-chercheuse Charlotte Vendrely et l’entrepreneur Gil Burban.

Pour en savoir plus vous pouvez télécharger le flyer (toujours de moi ^^) conf-mycelium-materiaux2013

ou aller sur le site de l’association Biomimicry Europa