Archive | février, 2013

De l’écologie au greenwashing

15 Fév

À partir des années 1960, l’écologie et la protection de l’environnement deviennent des préoccupations internationales et vont parfois se politiser. Ainsi, l’écologisme est une pensée politique qui a pour ambition d’agir concrètement en faveur de la protection environnementale, avec une volonté de réguler l’exploitation des ressources, et qui se sert des études scientifiques écologique pour orienter ses actions. Elle s’est surtout développée dans la seconde moitié du XXe siècle au travers des mouvements activistes et partis politiques, et a aidé, plus ou moins directement, à l’émergence d’une prise de conscience générale des enjeux écologiques.

Cependant, cela a aussi amené une certaine récupération du concept d’écologie, souvent employé de manière superficielle comme argument commercial ou démagogique. On parle alors d’éco-blanchiment ou de greenwashing. Il s’agit en fait d’un procédé marketing utilisé par une organisation – aussi bien une entreprise qu’un gouvernement – qui cherche à renvoyer une image «  écologiquement bonne  ». Il y a ici l’idée d’arranger les faits afin d’apparaître socialement ou environnementalement responsable aux yeux du public. Avec l’avènement du développement durable, ce procédé tend à se multiplier, tant au niveau commercial que politique.
Prenons un exemple de greenwashing aux conséquences néfastes : les sacs dits biodégradables par photodégradation ou par oxydation. Au contraire des sacs réellement biodégradables en amidon et donc compostables, ces sacs contiennent des additifs composés de métaux lourds et/ou de dithiocarbamates toxiques et polluants qui fragmentent le sac, le transformant en microparticules susceptibles d’entrer dans la chaîne alimentaire sans qu’on en connaisse la toxicité. Le sac semble bien avoir «  disparu  », s’être dégradé, mais on voit bien ici que les fabricants jouent sur les mots et n’intègrent à aucun moment l’idée principale de la biodégradation : décomposer en éléments dépourvus d’effets dommageables sur le milieu naturel.

Il y a presque une forme de cynisme dans la récupération ici du concept de « biodégradable ». Pour autant il n’est pas toujours aussi facile de déceler la part de greenwashing volontaire, de la pure et simple maladresse ou méconnaissance. Nous sommes encore au début de notre compréhension du cycle de vie des objets, de la complexité des interactions entres les substances chimiques et de ce que serait une société humaine parfaitement biocompatible… De manière générale je pense que chaque pas qui se veut sincèrement un pas vers la transition écologique, est un pas à accompagner. Nous ferons des erreurs, mais nous apprendrons et avanceront d’autant plus.

Esthétisme, désir et raison

2 Fév

Dans le billet précédent j’évoquais le lien entre art et empathie, voyant là la possible origine de la sensibilité du designer… Pourtant il me semble que ce n’est pas le seul rapprochement avec l’art qui suffise à lui donner son caractère humaniste, mais bien lorsque son goût pour l’art se couple avec l’astreinte du fonctionnalisme.
De ce mariage parfois mal aisé, qui m’a souvent fait dire que le designer passait son temps « le cul entre deux chaises », naît aussi sa capacité à voir dans l’esthétisme un moyen, un outil, pour susciter l’adhésion de l’utilisateur. « Rendre un objet désirable ». Bien qu’au début nous cherchons souvent à le rendre désirable pour nous « Créateurs », même si nous ne sommes pas destinés à en être l’utilisateur, ce qui serait à ranger dans la longue liste des contraintes d’un projet, derrière la volonté du commanditaire, les capacités des fabricants, la réalité physique – ah ! Newton ! –, et toutes les visions culturelles, sociétales et économiques à prendre en compte même si elles s’affrontent…


Mais revenons à l’esthétisme et au désir.


Quand je me suis lancée dans la démarche biomimétique, il est évident que mon admiration pour les « formes naturelles » s’est accrue et il m’était difficile d’imaginer un objet biomimétique qui ne prenne pas l’apparence de l’organisme imité, pensant — peut-être pas totalement à tort — que l’objet inspiré devait crier haut et fort ses origines, d’une part parce que « la nature est belle » et d’autre part parce que ce biomorphisme pouvait être une première manière de sensibiliser les gens à la cause écologique (si on aime on protège, le WWF l’a bien compris en choisissant un panda comme emblème).
Mais voilà le biomorphisme passe généralement à côté de l’idée la plus géniale du biomimétisme : la compatibilité avec la biosphère.
Il est relativement aisé de concevoir des objets aux formes organiques – même s’il faudrait s’accorder sur le terme « organique », le vivant étant aussi rempli de formes d’une rigueur géométrique à faire pâlir tout constructiviste… Cependant concevoir des objets ayant la forme qui mènera à l’utilisation la plus économe en matériaux et énergie, biodégradables ou recyclables, fabriqués localement, avec une prise en compte complète de leur cycle de vie… voilà ce qui serait biomimétique, même si l’objet final est d’une banalité formelle affligeante.
C’est une réflexion qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser de plus en plus au troisième niveau d’inspiration du biomimétisme : s’inspirer des écosystèmes et des interactions entre êtres vivants. Un très bon moyen pour pousser le principe du up-cycling, trop sous-exploité à mon sens. C’est aussi un bon moyen de ne pas tomber dans le biomimwashing greenwashing, dont je parlerai bientôt dans un prochain billet.
Alors certes l’objet fabriqué n’aura peut-être pas le lyrisme extraordinaire d’un membracide – ces mini-monstres chers à mon cœur –, mais peut-être qu’il dépensera moins d’énergie, ne produira pas de déchets et qu’il sera, à sa manière, un petit pas en faveur de cette biodiversité que je désire tant préserver…

panda

C.