Esthétisme, désir et raison

2 Fév

Dans le billet précédent j’évoquais le lien entre art et empathie, voyant là la possible origine de la sensibilité du designer… Pourtant il me semble que ce n’est pas le seul rapprochement avec l’art qui suffise à lui donner son caractère humaniste, mais bien lorsque son goût pour l’art se couple avec l’astreinte du fonctionnalisme.
De ce mariage parfois mal aisé, qui m’a souvent fait dire que le designer passait son temps « le cul entre deux chaises », naît aussi sa capacité à voir dans l’esthétisme un moyen, un outil, pour susciter l’adhésion de l’utilisateur. « Rendre un objet désirable ». Bien qu’au début nous cherchons souvent à le rendre désirable pour nous « Créateurs », même si nous ne sommes pas destinés à en être l’utilisateur, ce qui serait à ranger dans la longue liste des contraintes d’un projet, derrière la volonté du commanditaire, les capacités des fabricants, la réalité physique – ah ! Newton ! –, et toutes les visions culturelles, sociétales et économiques à prendre en compte même si elles s’affrontent…


Mais revenons à l’esthétisme et au désir.


Quand je me suis lancée dans la démarche biomimétique, il est évident que mon admiration pour les « formes naturelles » s’est accrue et il m’était difficile d’imaginer un objet biomimétique qui ne prenne pas l’apparence de l’organisme imité, pensant — peut-être pas totalement à tort — que l’objet inspiré devait crier haut et fort ses origines, d’une part parce que « la nature est belle » et d’autre part parce que ce biomorphisme pouvait être une première manière de sensibiliser les gens à la cause écologique (si on aime on protège, le WWF l’a bien compris en choisissant un panda comme emblème).
Mais voilà le biomorphisme passe généralement à côté de l’idée la plus géniale du biomimétisme : la compatibilité avec la biosphère.
Il est relativement aisé de concevoir des objets aux formes organiques – même s’il faudrait s’accorder sur le terme « organique », le vivant étant aussi rempli de formes d’une rigueur géométrique à faire pâlir tout constructiviste… Cependant concevoir des objets ayant la forme qui mènera à l’utilisation la plus économe en matériaux et énergie, biodégradables ou recyclables, fabriqués localement, avec une prise en compte complète de leur cycle de vie… voilà ce qui serait biomimétique, même si l’objet final est d’une banalité formelle affligeante.
C’est une réflexion qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser de plus en plus au troisième niveau d’inspiration du biomimétisme : s’inspirer des écosystèmes et des interactions entre êtres vivants. Un très bon moyen pour pousser le principe du up-cycling, trop sous-exploité à mon sens. C’est aussi un bon moyen de ne pas tomber dans le biomimwashing greenwashing, dont je parlerai bientôt dans un prochain billet.
Alors certes l’objet fabriqué n’aura peut-être pas le lyrisme extraordinaire d’un membracide – ces mini-monstres chers à mon cœur –, mais peut-être qu’il dépensera moins d’énergie, ne produira pas de déchets et qu’il sera, à sa manière, un petit pas en faveur de cette biodiversité que je désire tant préserver…

panda

C.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s