Archive | juillet, 2013

Question méthodo

24 Juil

Il y a quelques jours je discutais avec un ami designer qui mènera bientôt un workshop sur le biomimétisme auprès d’étudiants en design. Il me demandait des conseils sur la méthodologie à appliquer dans la conception d’un objet biomimétique…
Au début je n’ai pas su quoi répondre, d’une part car je ne me sens pas experte – si tant est que je puisse un jour l’être, tant la connaissance de cette démarche est dépendante de notre compréhension du monde, un monde si vaste, sur lequel nous commençons à peine à ouvrir les yeux –, et d’autre part car je me méfie des méthodologies bien définies censées donner toutes les clés de conception d’un projet, ou du moins d’un projet de design…

La quête de LA méthodologie parfaite – comprenez réplicable à toute situation – me semble souvent cacher la peur de se lancer dans un projet, de faire des erreurs, de perdre du temps – drame moderne !
Ne vous méprenez pas, je pense qu’on a tout intérêt à partager nos expériences projets et à en tirer quelques leçons, mais celles-ci doivent toujours être réajustées en fonction des gens avec qui on travaille et de tout un nombre de paramètres (durée du projet, commanditaire, moyens financiers…) ; et sans doute qu’une bonne méthodologie en est une souple en fait, qui ne donne qu’un léger appui pour travailler.
En tout cas, personnellement, j’aurais du mal à détailler ici une méthodologie biomimétique… Je crois seulement que le plus important c’est de « faire », tout simplement, en essayant de trouver le juste équilibre entre la réflexion et l’action – ce que Aristote nomme la Prudence d’ailleurs et que je détaillerai un autre jour.
Donc voici très modestement ce que moi je garde en tête en abordant un projet et qui est plus proche d’un ensemble de principes, que d’une réelle méthodologie:

1- garder en tête du début à la fin que le projet doit être bio-compatible, car tous les choix en découlent ;
2- abandonner l’idée désastreuse qu’un objet biomimétique aura une forme « organique », il faut seulement chercher une forme efficiente et celle-ci peut être géométrique ;
3- chercher le plus possible à travailler avec l’existant et le local, tant en terme de vies que de ressources en tout genre (en d’autres termes essayer toujours de faire « avec » et non-pas tout recréer ex nihilo) ;
4- ne pas attendre, pour élaborer des pistes de réflexions, de trouver l’exemple biologique parfait, car par le dessin/l’écrit il sera plus facile d’échanger sur le projet avec des biologistes qui seront à même de réorienter sur d’autres espèces au besoin ;
5- échanger le plus possible avec d’autres disciplines (on ne vous demande pas de travailler avec toutes, mais juste de les rencontrer au moins une fois) ;
6- ne pas avoir peur de s’éloigner de l’exemple biologique choisi, pour n’en garder que le principe essentiel ;
7- connaître le plus possible toutes les étapes de vie de son objet, afin de vérifier si une de ces étapes ne rentre pas en contradiction avec la règle n°1 ;
8- accepter qu’il y ait des limites (à ce qu’on peut faire, à ce qu’on doit faire…), et que ce n’est en rien une mauvaise chose, en somme prôner la sobriété et ne pas la confondre avec l’austérité ;
9- faire de son mieux, car un pas même petit reste un pas, et ne pas oublier que dans cette transition écologique nous ferons tous des erreurs, mais qu’elles permettent aussi d’apprendre si tant est qu’on les partage…

Après pour le designer il s’agit de faire comme d’habitude face à tout projet : approfondir sa connaissance, s’assurer d’avoir bien identifier le problème, imaginer/dessiner des solutions, tester, valider et recommencer jusqu’à obtenir une solution qui réponde à un maximum de contraintes, en n’oubliant jamais qu’une solution faite, même imparfaite, vaudra toujours mieux qu’une solution idéale non-réalisée.
Enfin rester curieux, humble, ouvert face aux possibilités du vivant et partager ses doutes, ses réflexions, ses réussites, on y gagnera tous.

methodo

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