Archive | août, 2013

Action et réflexion, la prudence chez Aristote

1 Août

D’aucuns pourraient entendre par prudence, une certaine crainte d’avancer, une timidité dans le travail notamment. En fait il s’agit plutôt de la capacité d’agir en fonction d’une vision globale, si on en croit notre cher Aristote.
La prudence, ou phronêsis, est une vertue intellectuelle, une aptitude de l’homme d’action à percevoir et à choisir, après délibération et compte-tenu des circonstances, les moyens nécessaires pour atteindre une fin moralement bonne ou légitime. Ainsi pour Aristote, «  il n’est pas possible d’être prudent sans vertu morale*… Cette dernière fixe la fin suprême ; la prudence, elle, nous fait employer les moyens susceptibles d’atteindre cette fin.  »
Elle a pour condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, l’habileté, c’est-à-dire la «  puissance capable de faire les choses tendant au but que nous nous proposons et de les atteindre  ». Autrement dit, la prudence a besoin de cette puissance qu’est l’habileté, mais ne se confond pas avec celle-ci, car l’habileté n’induit pas nécessairement la morale. La prudence est plutôt la faculté de choisir le «  juste milieu  » dans des circonstances concrètes chaque fois différentes et pour une part imprévisibles. Il s’agit donc d’une faculté de rationalité essentiellement liée aux contingences de notre monde.

Ce lien entre action et morale est une particularité assez enracinée dans le biomimétisme, mais de manière générale elle est au coeur des débats autour de l’éthique de la science, de l’économie, du travail… Elle est même constitutive de la génération Y — dont je fais pleinement partie, si j’en crois divers échanges récents.
Je dis débat, car si une majorité s’accorde sur le fait qu’il faut être prudent — entendu selon Aristote —, le choix et la mise en application de concept moraux s’avèrent évidemment très difficiles. On peut cependant retrouver cette «  vertu en acte  » dans certaines démarches philosophiques, économiques et politiques actuelles, telle que la Décroissance.

Questions intéressantes, mais peut-être peu aisées, que j’aimerais développer un jour… En attendant je vous conseille la lecture de Ethique à Nicomaque (Aristote, traduction par Jean Voilquin, Paris, GF-Flammarion, 1992) et du dossier « Ecologie et morale » de la Revue Durable (n°48 de mars-avril-mai 2013).

* Si chez Aristote la morale est intrinsèquement liée à la religion, on peut aisément pour cet article séparer les deux notions pour n’entendre par morale que le sentiment du bien commun, ou pour le dire autrement, la mise en tension du caractère égoïste et altruiste de l’humain qui l’amène instinctivement à rechercher l’harmonie du groupe.
 
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