Archive | octobre, 2013

Donner à voir

14 Oct

Alors que pendant ces deux derniers mois j’ai continué de sentir flotter le parfum des souvenirs de l’été, je viens enfin d’accepter que l’automne s’était installé avec son goût d’humus et de châtaignes.
Étonnant comme parfois on se découvre décalé avec notre environnement, sans doute déjà parce qu’on continue de le voir comme un « environnement », un décor, alors qu’il nous pénètre sans cesse et tisse irrémédiablement des liens entre nous et eux, entre nous et tout.
Ce décalage, cette distance peut-elle influer sur notre capacité à intégrer le biomimétisme ? C’est possible… Comment accepter les limites de la biosphère — fondamentales dans cette démarche — si nous n’en ressentons pas profondément l’interdépendance, si nous ne vivons pas les grandes crises écologiques et sociales comme une attaque envers nous-mêmes ? Si nous ne devenons pas convaincus que la transition écologique est plus qu’une nécessité, mais bel et bien l’élan dont nous avons besoin intérieurement ?

Je ne sais pas bien comment parfaire cette conscience, mais il me semble que de petits rien peuvent m’y aider.
En discutant de ma nostalgie automnale avec un ami, nous en sommes venus à discuter de snorkeling, la nage à la palme, masque et tuba. J’ai été surprise de voir à quel point cette pratique très simple, que j’expérimentais pour la première fois cet été, avait chez lui comme chez moi influé de manière profonde sur notre vision du monde.
Quand vous nager dans la mer vous savez qu’il y a des poissons et d’autres formes de vies, parce que tout le monde le sait. Et ce savoir vous donne le sentiment de connaître. Mais dès que vous mettez un masque et prenez le temps de regarder, cette vie vous explose au visage. Vous aviez beau le savoir, vous ne vous en doutiez pas. En ça, un simple masque, est un superbe objet de design, car il réunit des qualités techniques, ergonomiques, de coûts de production et cette dimension d’usage, d’effet sur notre quotidien.

Ainsi mon ami a pris conscience qu’il n’était qu’un individu invité un temps dans un monde qui dépassait largement son existence, et moi me suis rendue compte à quel point nos sens — la vue donc dans ce cas — rendait concret et bien plus sûr notre lien au monde.
Pour comprendre et appliquer le biomimétisme il est essentiel de cultiver ce lien. Sortez, regardez, humez, touchez, faites ce que vous voulez, mais appréhender le monde à travers tous vos sens, car ce n’est qu’en vous vivant pleinement humain, « biologique », que toutes vos actions, vos choix iront dans le sens d’un respect des potentiels et limites du vivant. Ce sera devenu… évident.

poissons

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