Bionique et biomimétique

17 Mai

Dans une note précédente je revenais sur le concept de biomorphisme. Continuons sur les définitions pour regarder du côté de la bionique et de la biomimétique.

La bionique se préoccupe surtout de l’imitation des processus, des mécanismes du vivant. Le terme bionique est emprunté de l’anglais bionics, contraction de biology et electronics, inventé en 1960 par le major de l’Air Force Jack Steele pour désigner le thème du premier symposium qui réunit des biologistes, des physiciens, des mathématiciens et des spécialistes en électricité. Celui-ci avait pour but d’étudier l’apport de l’analyse de systèmes biologiques au fonctionnement de systèmes artificiels calqués sur eux. Cette amélioration recherchée passa d’abord par une imitation du comportement ou d’un mécanisme d’un organisme vivant, puis par l’intégration du vivant au sein de l’artificiel et réciproquement. Ses domaines d’applications privilégiés sont ceux de la robotique et de l’intelligence artificielle, cependant aujourd’hui le terme à tendance à s’étendre à toutes formes de technologies prenant pour inspiration le vivant.
Lors du Bionics Symposium de 1963, le biophysicien et inventeur américain Otto Herbert Schmitt développera plutôt le terme biomimetics, qu’il décrit comme «  l’examen des phénomènes biologiques dans l’espoir de susciter des idées et de l’inspiration pour développer des systèmes physiques ou biophysiques à l’image de la vie  ». En France on traduit souvent biomimetics par le biomimétisme, mais il me semblerait plus judicieux d’employer «  la biomimétique  ». À l’instar de ceramics ou electronics, traduits comme la céramique, l’électronique, biomimetics fait référence à une science appliquée.
Dans les faits, le concept de Schmitt apparaît comme un synonyme de la bionique, il ne fait que mettre en exergue cette notion d’imitation. L’objectif reste de créer des produits et processus plus performants, dans des secteurs comme la robotique, l’aéronautique ou l’intelligence artificielle.
La conception des microdrones est un bon exemple de bionique, ou de biomimétique. Travaillant de concert, biologistes et ingénieurs basent tout leur travail sur l’observation du vol des insectes, avant d’essayer de l’adapter aux engins. En 2005 notamment, la société spécialisée en recherche exploratrice SilMach a travaillé sur le projet d’un drone pesant vingt milligrammes et d’une envergure de six centimètres, fonctionnant sur le modèle de la libellule.

Ainsi, la bionique est sûrement ce qui se rapproche le plus du biomimétisme de par cette capacité à observer et s’inspirer du vivant pour concevoir des applications innovantes. Mais si, dans les deux domaines, il y a une volonté d’efficacité et de performance, celle du biomimétisme s’inscrit automatiquement dans une logique de cycle produit et de vision écosystémique, orienté vers un principe de durabilité. Ce n’est pas nécessairement le cas de la bionique, dont la priorité est de répondre scientifiquement et techniquement à un problème donné. Quant à la question de l’éthique, inhérente au biomimétisme, elle n’est pas présente intrinsèquement dans la bionique, dont ce n’est pas l’objet. Cela ne signifie évidemment pas que les bioniciens n’ont aucune éthique, seulement, celle-ci est individuelle, de la propre initiative de tel ou tel scientifique. Le biomiméticien, lui adhère, non seulement à une méthodologie scientifique et technique, mais également à un certain positionnement intellectuel en faveur de la sauvegarde de l’environnement et de la biodiversité. Démarche qui oriente ses choix en amont de tout projet.

Cependant les mots, bien qu’on arrive quelque fois à leur attribuer une origine et une définition initiale, restent ce qu’on en fait. Il est tout à fait possible que certains ne se retrouvent pas dans mon analyse, et je crois qu’au fond ce n’est pas grave, tant que cela ne devient pas un frein pour avancer et travailler collaborativement.

Nids insectifuges

4 Mai

Eh oui les oiseaux n’ont pas attendu l’arrivée des insecticides pour protéger leurs nids des parasites. Ils utilisent les propriétés naturelles de certaines plantes en les intégrant à leurs nids (carotte sauvage, lavande…).

Et on a découvert qu’aujourd’hui les moineaux utilisent aussi les mégots de cigarettes, car la cellulose et la nicotine auraient les mêmes propriétés. C’est toujours plaisant de voir que la vie s’adapte, mais ça laisse perplexe sur notre impact tout de même, non ?

moineau

Un design pour les humains, donc pour la planète

14 Avr

On dit que le design est centré sur l’humain et ses intérêts, qu’il cherche à lui faciliter l’existence. Or, c’est un fait, l’être humain est dépendant du monde qui l’entoure, de l’écosystème planétaire, et dont il est une partie intégrante. Donc, pour servir les intérêts de l’humain, il est logique de chercher à servir les intérêts de la planète.

Cependant, cette vision du design, si elle semble la plus juste et la plus justifiable, n’est pas forcément celle adoptée par tous les designers. À l’heure actuelle de nombreux designers n’intègrent pas la question de la responsabilité, et même de l’efficience, dans leurs travaux. Je citais précédemment la Water bottle de Ross Lovegrove (bon en passant, esthétiquement j’adore Lovegrove). Celui-ci se dit très attaché à la nature qu’il prend souvent comme inspiration, pourtant cet attachement semble bien superficiel et ne va pas dans le sens d’une préservation. Avec Water bottle l’eau est certes glorifiée, mais à quel prix, pour quelle pollution ? Et on ne peut que s’étonner de ce manque d’efficience chez Lovegrove, qui qualifie tous ses projets de DNA (Design, Nature, Art). Quitte à créer une bouteille d’eau en plastique – dont on sait à quel point elles sont polluantes –, il aurait été tout à fait à propos de la penser et de la vanter comme soucieuse de son impact écologique. Lorsqu’on est fasciné par la nature, selon ses propres termes, comment ne pas souhaiter sa sauvegarde, au risque de n’avoir plus qu’à aimer une image, une idée. Si son travail peut ne pas être jugé volontairement irresponsable, on peut se dire que ce manque de cohérence est au minimum dommage.

L’échelle à laquelle le designer – comme tout individu – peut agir n’est pas importante, car chaque action, aussi petite soit-elle, a un impact. Il ne s’agit pas de culpabiliser une profession, même si celle-ci a des liens privilégiés avec les choix de productions. Il s’agit de voir l’opportunité qui s’offre au designer de s’imposer comme un acteur essentiel, apte à relever les défis sociétaux qui nous attendent, tant sur la forme technique, rationnelle, que sur celle plus subjective, sensible, mais si présente chez l’homme. En cela l’alliance du design et du biomimétisme ne peut être que bénéfique.

effet-papillon

Bufo bufo

6 Avr

Saviez-vous que les chercheurs de l’Université Polytechnique de Catalogne, en Espagne, étudient la synchronisation très particulière des chants d’amphibiens pour optimiser des réseaux à ondes comme la wifi, diminuant ainsi la perte d’informations ? (en savoir plus)

Alors, même si les technologies liées à internet sont encore très énergivores (et qu’on ne le dit pas assez), l’amélioration des systèmes d’échanges d’informations pourraient bien jouer un rôle crucial dans la création d’une société plus écologique, plus apte à se ré-ajuster rapidement en fonction des conditions climatiques, des ressources, etc…

Ce serait mieux d’arriver à communiquer comme les plantes, mais ça j’en parlerai un autre jour ;)

crapaud

P.S.: Bufo bufo, c’est le nom du crapaud commun (si tous les noms étaient aussi simples !)

Biomimétisme vs biomorphisme

18 Mar

Parce qu’on me pose souvent la question, j’aimerais ici ré-affirmer que non, le biomimétisme ce n’est pas faire des objets aux « formes naturelles », en tout cas, ce n’est pas sa finalité, mais celle du biomorphisme.

Le biomorphisme caractérise toute œuvre aux formes courbes, organiques. Le courant artistique emblématique de cette idée est sans conteste l’Art Nouveau, lui-même dans la lignée de toute une tradition occidentale, antique et médiévale, puisant dans la nature l’inspiration de ses formes ornementales. Mais initialement le terme «  biomorphisme  » désigne une tendance artistique de la première moitié du XXe siècle, dont les œuvres rompent avec les formes rigides et orthogonales des précédents abstraits. Cette tendance se manifeste dans un contexte d’instabilité politique, d’instauration de régimes totalitaires et de désillusion des idées optimistes de la machine ; on cherche dans les formes inspirées par la nature un remède à l’inhumanité des systèmes et de l’industrialisation. Néanmoins ce désir de reconnexion avec la nature ne se traduit qu’à travers un mimétisme d’aspect, on n’évoque, plus qu’on imite, les formes du vivant dans une recherche d’esthétisme. Un exemple récent de biomorphisme serait la Water bottle du designer britannique Ross Lovegrove. Une bouteille d’eau évoquant la forme même de l’eau, afin de «  glorifier  » cette dernière.

On peut cependant identifier une branche «  structurelle  » du biomorphisme qui opérerait un mimétisme de structure, dans un but souvent plus fonctionnaliste et avec une recherche d’efficacité. Par exemple les architectures de Frei Otto, inspirées par les bulles de savon et les toiles d’araignées, et dans une certaine mesure celles d’Antoni Gaudi, architecte de la célèbre Sagrada Familia de Barcelone, aux piliers inspirés par des arbres. Bien qu’au début son travail était avant tout esthétique, il s’est rendu compte que le gain de résistance obtenu avec moins de matériau n’était pas négligeable. Il dira d’ailleurs «  l’architecte du futur construira en imitant la nature, parce que c’est la plus rationnelle, durable et économique des méthodes  ».

Donc du biomorphisme, oui, mais d’abord du biomimétisme !

conférence « Mycélium » de Biomimicry Europa : la Permaculture

7 Mar

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À travers les rencontres Mycélium, Le Comité Français de Biomimicry Europa vous propose une fois par trimestre de rencontrer ces acteurs du changement désirable. Ils ne se revendiquent pas forcément du « biomimétisme » en tant que concept,  mais vont pourtant bien chercher leur inspiration dans le foisonnement créatif du vivant ! Venez les écouter partager leur expérience !

Pour sa première édition, les rencontres Mycélium on le plaisir d’accueillir Bernard Alonso, l’un des plus renommé permaculteur !

Pour en savoir plus vous pouvez télécharger le flyer (réalisé par votre aimable serviteur ^^) conf-mycelium-permaculture2013

ou aller sur le site de l’association Biomimicry Europa

De l’écologie au greenwashing

15 Fév

À partir des années 1960, l’écologie et la protection de l’environnement deviennent des préoccupations internationales et vont parfois se politiser. Ainsi, l’écologisme est une pensée politique qui a pour ambition d’agir concrètement en faveur de la protection environnementale, avec une volonté de réguler l’exploitation des ressources, et qui se sert des études scientifiques écologique pour orienter ses actions. Elle s’est surtout développée dans la seconde moitié du XXe siècle au travers des mouvements activistes et partis politiques, et a aidé, plus ou moins directement, à l’émergence d’une prise de conscience générale des enjeux écologiques.

Cependant, cela a aussi amené une certaine récupération du concept d’écologie, souvent employé de manière superficielle comme argument commercial ou démagogique. On parle alors d’éco-blanchiment ou de greenwashing. Il s’agit en fait d’un procédé marketing utilisé par une organisation – aussi bien une entreprise qu’un gouvernement – qui cherche à renvoyer une image «  écologiquement bonne  ». Il y a ici l’idée d’arranger les faits afin d’apparaître socialement ou environnementalement responsable aux yeux du public. Avec l’avènement du développement durable, ce procédé tend à se multiplier, tant au niveau commercial que politique.
Prenons un exemple de greenwashing aux conséquences néfastes : les sacs dits biodégradables par photodégradation ou par oxydation. Au contraire des sacs réellement biodégradables en amidon et donc compostables, ces sacs contiennent des additifs composés de métaux lourds et/ou de dithiocarbamates toxiques et polluants qui fragmentent le sac, le transformant en microparticules susceptibles d’entrer dans la chaîne alimentaire sans qu’on en connaisse la toxicité. Le sac semble bien avoir «  disparu  », s’être dégradé, mais on voit bien ici que les fabricants jouent sur les mots et n’intègrent à aucun moment l’idée principale de la biodégradation : décomposer en éléments dépourvus d’effets dommageables sur le milieu naturel.

Il y a presque une forme de cynisme dans la récupération ici du concept de « biodégradable ». Pour autant il n’est pas toujours aussi facile de déceler la part de greenwashing volontaire, de la pure et simple maladresse ou méconnaissance. Nous sommes encore au début de notre compréhension du cycle de vie des objets, de la complexité des interactions entres les substances chimiques et de ce que serait une société humaine parfaitement biocompatible… De manière générale je pense que chaque pas qui se veut sincèrement un pas vers la transition écologique, est un pas à accompagner. Nous ferons des erreurs, mais nous apprendrons et avanceront d’autant plus.

Esthétisme, désir et raison

2 Fév

Dans le billet précédent j’évoquais le lien entre art et empathie, voyant là la possible origine de la sensibilité du designer… Pourtant il me semble que ce n’est pas le seul rapprochement avec l’art qui suffise à lui donner son caractère humaniste, mais bien lorsque son goût pour l’art se couple avec l’astreinte du fonctionnalisme.
De ce mariage parfois mal aisé, qui m’a souvent fait dire que le designer passait son temps « le cul entre deux chaises », naît aussi sa capacité à voir dans l’esthétisme un moyen, un outil, pour susciter l’adhésion de l’utilisateur. « Rendre un objet désirable ». Bien qu’au début nous cherchons souvent à le rendre désirable pour nous « Créateurs », même si nous ne sommes pas destinés à en être l’utilisateur, ce qui serait à ranger dans la longue liste des contraintes d’un projet, derrière la volonté du commanditaire, les capacités des fabricants, la réalité physique – ah ! Newton ! –, et toutes les visions culturelles, sociétales et économiques à prendre en compte même si elles s’affrontent…


Mais revenons à l’esthétisme et au désir.


Quand je me suis lancée dans la démarche biomimétique, il est évident que mon admiration pour les « formes naturelles » s’est accrue et il m’était difficile d’imaginer un objet biomimétique qui ne prenne pas l’apparence de l’organisme imité, pensant — peut-être pas totalement à tort — que l’objet inspiré devait crier haut et fort ses origines, d’une part parce que « la nature est belle » et d’autre part parce que ce biomorphisme pouvait être une première manière de sensibiliser les gens à la cause écologique (si on aime on protège, le WWF l’a bien compris en choisissant un panda comme emblème).
Mais voilà le biomorphisme passe généralement à côté de l’idée la plus géniale du biomimétisme : la compatibilité avec la biosphère.
Il est relativement aisé de concevoir des objets aux formes organiques – même s’il faudrait s’accorder sur le terme « organique », le vivant étant aussi rempli de formes d’une rigueur géométrique à faire pâlir tout constructiviste… Cependant concevoir des objets ayant la forme qui mènera à l’utilisation la plus économe en matériaux et énergie, biodégradables ou recyclables, fabriqués localement, avec une prise en compte complète de leur cycle de vie… voilà ce qui serait biomimétique, même si l’objet final est d’une banalité formelle affligeante.
C’est une réflexion qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser de plus en plus au troisième niveau d’inspiration du biomimétisme : s’inspirer des écosystèmes et des interactions entre êtres vivants. Un très bon moyen pour pousser le principe du up-cycling, trop sous-exploité à mon sens. C’est aussi un bon moyen de ne pas tomber dans le biomimwashing greenwashing, dont je parlerai bientôt dans un prochain billet.
Alors certes l’objet fabriqué n’aura peut-être pas le lyrisme extraordinaire d’un membracide – ces mini-monstres chers à mon cœur –, mais peut-être qu’il dépensera moins d’énergie, ne produira pas de déchets et qu’il sera, à sa manière, un petit pas en faveur de cette biodiversité que je désire tant préserver…

panda

C.

Empathie et art

7 Jan

J’écoutais il y a quelque temps une émission de Jean-Claude Ameisen, Sur les épaules de Darwin, qui racontait une expérience menée sur des étudiants en médecine. Ceux-ci étaient invités, pendant un certain temps, à suivre des cours d’art, en peignant/dessinant et en faisant des visites dans des musées. L’expérience avait pour but d’établir un lien entre art et empathie. En somme, est-ce que l’art nous rend plus sensible aux autres ? Le résultat dépassa l’espérance des chercheurs, car non seulement les étudiants devenaient plus impliqués avec leurs patients, plus à l’écoute, plus empathiques, mais leurs diagnostiques en devenaient eux aussi meilleurs, comme si leur plus grande compréhension de l’autre, leur donnait aussi une plus grande capacité à en déterminer les souffrances.

Alors peut-être est-ce là l’une des clés du design, soumis aux rationalités, à la technique, mais toujours sensible, cherchant dès ses débuts à remettre de l’humain dans l’inhumain de l’industrie…

C.

Happy new year !

4 Jan

CarteVoeux2013

Sur la carte un renne, qui pourrait bien nous donner quelques idées d’isolation et de systèmes de refroidissement (eh oui), ici et ici.

C.
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